Rapidement une réponse qui donc n'est pas très élaborée et écrite un peu comme ça vient.
Je n'ai pas de souvenirs suffisamment précis de cet événement pour bien comparer la réalité et ce documentaire-fiction.
Néanmoins et en allant dans le sens de votre proposition il est toujours possible de formuler quelques questions personnelles sur ce film qui retrace donc quelques heures particulièrement dramatiques sur cette "prise d'otages dans une classe d'une école maternelle".
Je peux tout d'abord, et le plus directement en tant que parent, voir ce document en m'identifiant à eux et partager encore aujourd'hui les frayeurs, les terreurs, les angoisses, les supplices qu'ils ont du vivre en attendant de retrouver leur enfant. Quelle horreur stupéfiante !
Je peux aussi m'identifier aux professionnels pris ou agissant dans cette tourmente et me demander comment je me serais moi-même comporté à chacune des places et rôles mobilisés. L'institutrice, la directrice d'école, les collègues, le médecin du SAMU, les agents du RAID et toutes les personnes investies de fonction élective ou de responsabilités politique.
Ce premier niveau des émotions, de l'empathie, des différentes formes d'identification et de la solidarité humaine peut être largement suffisant.
Mais, les émotions contenues ou misent à distance, le stupéfaction digérée, les hommages rendus et l'admiration affirmée il peut arriver que l'on se demande, en fait, à quoi il est question exactement et à quoi on a vraiment affaire.
Bref comment expliquer ces émotions, ces opinions, ces représentations, ces hommages et cette impression "d'en être".
Facile sans doute; c'est une horreur absolue et il n'y a rien à ajouter à ce qui précède.
Certes, je le redis cela est grandement suffisant.
Je sais bien, mais quand même !
De manière descriptive on pourrait dire (moi je ne dis plus rien mais "on" continue à causer) "on" pourrait donc dire qu'il lui semble que cette situation a mis en présence et en première ligne des petits enfants de quatre à cinq ans et des représentants de l'Etat jusqu'au Premier ministre. Absolument incroyable et a priori dépourvu de sens que de si jeunes enfants soient des otages et que de ministres soient présents directement et acteurs.
Mais il aura aussi des conseillers de ceci et de cela, un procureur de la république, un chef de la police (je ne suis plus très sûr !), enfin bref, il y aura là une forte densité sociale explicité.
Au même endroit si extravagant dans ces circonstance d'une classe de maternelle, vont se rassembler un concentré de pouvoirs, de forces, de violence, d'argent, de relations ... de psychisme.
Par contre, je n'ai pas retenu des références ou des allusions à la religion ou à des faits de culture.
"On" pourrait ensuite imaginer les discours d'après coup construits par les uns et pas les autres, les récits que chacun élabore pour donner sens à ce qu'il a vécu, ce qui s'est passé, et ce qu'il en a compris. Il faut que tout cela puisse se dire dans la réalité de tous les jours, pour reprendre le sens de cette réalité et mettre à distance ce mauvais cauchemar.
Le récit d'un parent dont l'enfant aura été retenu jusqu'au bout, "mais pourquoi tu n'est pas venu me chercher avant ?...", "parce ce qu'il y avait un méchant !", "non il n'était pas méchant", doit pouvoir fournir une meilleure réponse à l'enfant qui ne semble pas très persuadé par celle qu'il entend, ce récit donc doit être bien différent de celui du Premier ministre en tant que Premier ministre "les enfants ont été libérés, force est restée à la loi". Ces deux discours eux mêmes diffèrent de ceux des autres interlocuteurs.
Une telle situation va donc poser aussi le problème du placement de notre écoute, de notre regard et du choix de nos outils d'analyse. Ceci fait il faudra aussi se demander si tout cela nous apprend quelque chose ou présente une certaine utilité.
A mon sens, c'est avant tout les enfants et les parents qui doivent être l'objet de notre attention et de notre préoccupation.
L'Etat récupèrera très vite des traumatismes et des dommages causés, les forces de l'ordre sont idéalement placées sur le fléau de la balance "entre assassinat et légitime défense" et les professionnels de l'éducation, du soin ou des administrations se révèlent en tous points irréprochables et exemplaires, méritant bien les légion d'honneur décernées.
Reste donc les enfants et les parents qui pris dans la tourmente d'un choc frontal entre le pouvoir de destruction d'un individu et le monopole de la force armée de l'Etat se trouvent dans une totale impuissance.
Dans la vie normale de tous les jours ces deux forces ne se rencontrent pas.
Plus généralement, les structures sociales ne rencontrent pas dans un face à face direct les structures psychiques, il y a entre les deux toute une série de médiations formées par les structures familiales et par les organisations sociales.
Mais là, il y a un court circuit, une structure psychique pathologique vient interpeller directement, sans relai ni médiation les structures sociales du pouvoir.
Le risque est là. Le "fou" peut utiliser la violence pour détruire enfants, familles et professionnels, mais les institutions du pouvoir peuvent aussi utiliser la violence avec les mêmes conséquences, les mêmes résultats.
Il reste aux enfants, aux familles et aux professionnels la charge de reprendre petit à petit l'initiative dans une réalité qui leur a échappé, et de mettre de la distance entre ces deux violences.
Les enfants vont jouer, chanter, danser, "catharciser" la situation dans une sorte de psychodrame morénien, l'institutrice instituera, le médecin ordonnera des prescriptions, la police surveillera et contrôlera en favorisant la mise en ordre, le ministre maire gèrera la cité, le banquier payera....
Les violences cèderont le pas devant l'organisation sociale rétablie.
Les familles reprendront leur fonction de relai entre les structures sociales et les structures psychiques…
Le "fou" se "rendra" à l'évidence et pourra s'endormir comme un enfant.