La marque doit-elle aujourd'hui parler d'émotion ou des émotions ? Pour quelles raisons?
Si je peux ouvrir la réflexion, même humblement avec le risque de tomber dans la doxa...
Puis-je vous suggérer de commencer par analyser chaque mot des deux
questions pour chercher ce qui se cache derrière et de dégager le sens
global.
Par exemple:
Qu'est-ce qu'une marque? Qui se cache derrière une marque? Quels sont les intérêts en jeu...
Qu'est-ce qu'un devoir? ( doit)et à qui profite cette obligation?
Elle :
personnification, objectivation de choses qui ne sont que des productions industrielles ? A quelle fin(s)?
Parler :
définition et application de cette définition sur le processus étudié
(marketing?), que révèle la volonté de faire parler arficiellement
quelque chose d'informe et de virtuel...
émotion :
qu'est-ce qu'une émotion? Quelles sont les émotions, et celles intéressantes pour atteindre le but visé(le désir d'achat)?
Quel enjeu se cache derrière l'attachement de l'émotion à un artefact visant la vente de productions? Voir aussi la PNL.
Et il me semble nécessaire de relier toutes les questions à l'éthique ou l'absence d'éthique.
A quelle philosophie se rattache la manipulation des émotions à but commercial.
Quelles sont les conséquences de telles politiques médiatiques ( car
"parler" se fait par le média sous toutes ses formes ( ça aussi c'est à
traiter)).
Je vous invite aussi à chercher au niveau de la violence symbolique
créé par le "parler" qui peut créer un malaise à force de répétition (
la publicité est elle un conditionnement de l'habitus pour le détourner
de son objectif premier ( voir Bourdieu )chez la cible)?. Pourquoi
l'émotion visée provoque l'achat, quels déséquilibres provoquent cette
"pulsion". Car c'est en effet un déséquilibre qui fait acheter
l'inutile...Voir l'identification, la suridentification, la
frustration, la peur, le désir ( et désir sexuel),jalousie, ...
Voilà en bref ce que je pressent de tout cela, c'est certainement arbitraire et parti pris mais si cela peut ouvrir le débat :
Parler=communiquer
En langage commercial cela devient:
publicité
(par les spots, les porteurs de marques ayant une aura médiatique). En sociologie
je le traduirais par :
montrer répétitivement par des fictions télévisées, des affiches, des
encarts, des fenêtres internet...)de quelle manière on doit vivre pour
obtenir des émotions positives, des conditions matérielles amenant au
bonheur, des conditions sociales vous valorisant...
bref c'est au niveau du schème d'action que ce "parler" cherche à s'introduire.
En langage simple c'est : ouvrir l'esprit par l'activation de certains
mécanismes ( schémes liés à l'integration sociale, imitation, recherche
des moyens de survie...?) pour introduire de nouveaux modes opératoires
(ou détourner ces schèmes de leur objectif premier).
Ces modes opératoires ( schèmes) me semblent-ils mènent à acheter et
consommer de manière automatisée, fidélisée et durable dans le temps(
car l'habitus fonctionne en grande partie en mode automatisé ( voir
l'exemple du pianiste)et s'inscrit dans la durée)).
Acheter et consommer est nécessaire.
Mais on peut se poser la question de savoir,ayant développé de telles
techniques de manipulation de l'habitus, la marque et ceux qui se
cachent derrière ( quand la consommation ne répond plus à la nécessité
mais à des besoins crées à d'autres fins), si cela ne va pas à
l'encontre des intérêts d'une société équilibrée. Si il est nécessaire
de développer de telles techniques pour faire consommer soit l'inutile,
soit plus que nécessaire, soit plus cher que nos moyens...où se trouve
l'éthique. J'irais plus loin en disant que cela va totalement à
l'encontre d'un humanisme, de l'urgence écologique, du besoin de
sérénité et des quêtes spirituelles syncrétiques actuelles(
lire
Frédéric Lenoir )
Je suis persuadé que ce matracage créant de la frustration et
déclenchant des actes qui ne peuvent en aucun cas répondre positivement
à la frustration ( puisqu'il y a détournement de l'objet visé)est en
partie responsable de la violence actuelle de nos sociétés et qu'il
contribue à renforcer par le phénomène de la suridentification, la
stigmatisation, la mise en évidence permanente de valeurs faussées (
voir hiérarchisation des valeurs), la frustration...imaginez-vous : on
vous dit "ressemblez à ça, faites-ça"...mais vous n'en avez ni les
moyens ni le réel besoin. Et vous allez toujours aussi "mal" quand vous
avez explosé votre budget. Il y a de quoi ressentir des tensions
internes terribles et que cela ressorte d'une manière peut constructive.
Cordialement, H.Tenpa